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La Présidence allemande au Conseil, théâtre de nombreuses péripéties politique

Interview diffusée dans l’émission « Place de l’Europe », animée par les Jeunes Européens - Strasbourg le 14 décembre sur RCF Alsace.


ENTRETIEN. Le pôle média des Jeunes Européens – Strasbourg s’est entretenu avec André Gattolin, vice-président de la Commission des Affaires européennes au Sénat, au sujet du bilan climatique, énergétique et environnemental de la présidence allemande au Conseil de l’Union européenne. Le sénateur des Hauts-de-Seine a répondu aux questions de Théo Boucart sur Place de l’Europe, émission mensuelle diffusée sur RCF Alsace.


Théo Boucart : On a beaucoup parlé économie et état de droit dans le bilan de la présidence allemande au Conseil de l’Union européenne, mais peut-être un peu moins d’environnement, d’énergie et de climat. Pouvez-vous résumer de cette présidence dans ces domaines ?

André Gattolin : La présidence, en elle-même, s'inscrit comme toujours dans les présidences tournantes, dans une continuité avec celle de l'Etat membre qui précède, et celui qui succède. Tout cela s'inscrit plus généralement dans la ligne qui a été définie par la nouvelle commission présidée par Ursula von der Leyen, avec des objectifs climatiques et énergétiques comme priorités de l'action de la Commission, mais aussi du Parlement européen, pour la période 2019-2024.

Que s'est-il produit au moment de cette présidence ? D'abord, on a eu la crise sanitaire du COVID-19, qui a tout de même bousculer l'ordre du jour. Il y a eu l'initiative franco-allemande pour un plan de relance de 500 milliards. C'est vrai que tout cela est extrêmement important car il y a la volonté de créer un « plan climat énergie » qui devrait faire l'objet d'une loi européenne sur le climat, censée être présenté au premier semestre 2021. Cette loi va notamment entériner un renforcement important des objectifs en matière de lutte climatique. Rappelons que l'Union européenne, en tant le troisième émetteur de gaz à effet de serre après la Chine et les Etats-Unis, s'était engagée pleinement dans les accords de Paris sur le climat en se fixant un objectif de réduction de 40% des gaz à effet de serre d'ici à 2030.


L'idée est d'accroître encore plus fortement cette exigence à travers cette loi européenne. Atteindre 55% de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030 et une neutralité carbone à horizon 2050 est extrêmement ambitieux.

On peut tout de même se poser certaines questions, car si on regarde la période précédente, l'Union européenne a plus ou moins respecté ses objectifs, bien moins importants, de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous étions toutefois dans une situation de crise économique des suites de la crise financière de 2008 qui a considérablement réduit la croissance dans l'Union européenne, en particulier dans la zone euro. De plus, nous étions également dans la situation suivante : plus la croissance est faible, plus les gaz à effet de serre émis sont moins nombreux.


Le point fort du Pacte vert, qui encadre le cadre financier pluriannuel, ainsi que le fameux plan de relance de 750 milliards d'euros, est que pour une fois, on met des moyens pour y arriver. On n'a pas simplement des objectifs théoriques sur les trois critères de la transition énergétique (énergies renouvelables, réduction des gaz à effet de serre et économies d'énergie), mais on met en place des plans réels et concrets pour des financements importants dans ce domaine-là.


Cependant, il y a des trous dans la raquette. Pour moi, le principal écueil, c'est l'union de l'énergie. Chacun est encore souverain dans les États membres sur sa manière d'organiser son mix énergétique. La France encourage beaucoup l’utilisation du nucléaire. C'est vrai que l’atome est beaucoup moins émetteur de gaz à effet de serre que d'autres énergies, mais il a aussi ses inconvénients. De plus, chacun des pays a ses propres choix. C’est là où on peut critiquer l'Allemagne. En effet, tout en affichant un « volontarisme écolo », l'Allemagne appuie aujourd’hui pour le doublement du gazoduc qui vient de Russie, via le golfe de Finlande. Après North Stream 1, on est en train de faire un Nord Stream 2 qui va accroître le débit de gaz venu de Russie vers l'Union européenne. Lorsque l’on regarde le volume de gaz qui peut circuler dans North Stream 2, l’on s’aperçoit que cela contredit totalement les objectifs de réduction de l'Union européenne en matière de consommation de gaz naturel à horizon 2035.

Les intérêts allemands sont importants d'un point de vue économique, mais également d'un point de vue politique. Angela Merkel, malgré sa popularité, est dans un système de grande coalition avec les Sociaux-Démocrates. Elle a commencé il y a quelques semaines d’envisager la réduction, voire l'annulation de North Stream. C’est un pari politique. Là encore, rendre compatible l'intérêt général européen au choix de politiques européennes de long terme est déterminant pour protéger notre Europe et notre planète, en dépit des contradictions classiques et des intérêts à court terme.

Il est donc difficile de dire si la présidence allemande, qui s'achèvera à la fin décembre de cette année, a été un échec, parce que énormément de choses se sont produites, dont ce fameux plan de relance et la conclusion du cadre financier pluriannuel. Mais il ne faut pas angéliser la place et le rôle de l'Allemagne en Europe.


Retrouvez cette interview dans l’émission « Place de l’Europe » diffusée le 14 décembre sur les ondes de RCF-Alsace. Chaque mois, le pôle médias des Jeunes Européens – Strasbourg intervient dans cette émission pour parler d’un grand enjeu de l’intégration européenne.

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